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L'Europe en 2040 Version imprimable Suggérer par mail

                       Le Centre d’Etudes Transatlantiques a lancé un projet de recherche portant sur l’Europe à l’horizon 2040, date à laquelle les atermoiements de l’Union européenne devront avoir cédé la place à une vision plus claire de sa finalité. La dimension prospective du sujet permettra d’évaluer divers scénarii d’évolution à travers les modes d’organisation politique des acteurs européens (nations, organisations internationales, groupements régionaux) et l’identification, ainsi que la défense, de leurs intérêts de long terme, notamment en matière de sécurité.

Il nous apparaît nécessaire de repartir de la géographie physique et humaine de l’Europe ; ses territoires, ses frontières (traitées sous l’angle politique en II) et ses populations nous permettent d’identifier certaines caractéristiques et tendances lourdes propres au continent. En outre les possessions extracontinentales des Européens, ainsi que le rayonnement de l’Europe et son influence – cadres multilatéraux, alliances, footprint – sont mis en lumière. Au terme de cette première partie, les cohérences et lignes de fuite qui se dégagent de cette étude géopolitique de l’Europe doivent être appréhendés au miroir des risques, menaces et défis potentiellement immenses de son environnement stratégique à l’horizon 2040.

Ces évolutions impliquent un double rééquilibrage touchant à la fois à la nature et l’exercice de la puissance, entre puissance territoriale traditionnelle et puissance de projection organisée en réseau d’une part, entre soft et hard power d’autre part. L’UE doit disposer à long terme de frontières bien établies – tous les élargissements potentiels et leurs conséquences sont analysés à cette fin – et de modes de gestion innovants de son voisinage – notamment en redéfinissant la PEV mais également en envisageant des rétrécissements et des gages territoriaux. Au carrefour de plusieurs ensembles géopolitiques, l’UE doit en effet tirer profit du choix qui s’offre à elle de la délimitation de ses frontières territoriales. Elle doit également prendre en compte l’importance grandissante des global commons et des espaces déterritorialisés susceptibles d’émerger avec force dans son environnement stratégique, notamment dans leurs dimensions technologiques. Enfin la réussite de l’UE en tant que modèle de sécurité régionale, laboratoire de gestion de crises tant en son sein que dans ses zones d’intérêts vitaux, doit être l’objectif prioritaire, a minima, des Européens à l’horizon 2040, et va de pair avec le mouvement d’harmonisation des diverses cultures stratégiques qui composent l’UE.

La mise en oeuvre d’une géostratégie ambitieuse ne pourra évidemment être menée à bien que si l’UE reste une puissance économique globale dynamique. Appréhender le potentiel européen suppose une étude approfondie des projections quantitatives économiques, démographiques mais aussi qualitatives, i.e. les systèmes de valeurs (citoyenneté, communautarisme, multiculturalisme, sécularisme), voire les idéologies, susceptibles de structurer les combats politiques, notamment les couples libéralisme / socialisme et souverainisme / fédéralisme.

En outre, la cohésion politique de l’UE doit également être appréhendée à la lumière des forces centrifuges potentiellement à l’œuvre à l’horizon 2040. Dans l’avenir la gouvernance européenne devra vraisemblablement mettre en œuvre des instruments innovants en vue de gérer les tensions des couples diversité / unité et solidarité / intérêts nationaux.

Au niveau institutionnel, les mécanismes instaurant plus de flexibilité doivent être repensés à court terme (efficacité en matière de défense, sécurité intérieure etc…), mais également dans la perspective de profonds rééquilibrages, telle l’émergence du triangle Paris–Londres–Berlin ou d’une Europe polycentrique.

Au niveau géopolitique enfin, certaines affinités électives régionales, ou communautés d’intérêts peuvent susciter des divisions supplémentaires et s’inscrire  dans des perspectives extra européennes à la fois au sens politique (irrédentismes belliqueux, conflits identitaires) et au sens géographique – hors de l’UE (sont particulièrement visées ici les attractions vers les pôles russe et turc si évidemment la Turquie reste hors de l’UE).

L’équipe du projet Europe 2040 est composée de Pierre Drai et Guillaume de Rougé.



 

 

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